Voyage solo à Kenting

Cette semaine je décide de quitter Taipei pour aller faire un tour dans le sud de l’île. D’après ce que l’on me dit on y trouve de jolies plages, des cocotiers et une jungle luxuriante. Il ne m’en faut pas plus : j’ai déjà réservé train et hôtel !

Je commence mon voyage solo en prenant le High Speed Rail, le train à grande vitesse taïwanais. Le train avale 345 km en 1h30 ! Tailler à travers la montagne à 300 km/h, agréable sensation : on surfe sur la montagne, la plupart du temps sur des viaducs (73% du trajet) et quelques fois à travers des tunnels (18%). Je traverse aussi de gigantesques lits de rivières, capables d’absorber des crues torrentielles. Cette ligne de train à coûté 18 milliards de dollars américains. Et oui, ne coupe pas à travers la montagne qui veut…

HSR

Une fois arrivé à Kaoshiung, je cherche un bus qui va me mener jusqu’à la pointe sud de l’île dans le parc national de Kenting. Je suis en train d’examiner un arrêt de bus en mandarin lorsqu’un taïwanais d’une quarantaine d’année présentant un bel embonpoint me saute dessus : 

– 你去哪里?(Où allez vous ?)

– 我去垦丁 !(Je vais à Kenting)

Je ne peux m’empêcher de fixer sa bouche dont les dents et les gencives sont rouges vif. C’est très spécial, on dirait un vampire qui vient de prendre son repas ! C’est en fait des noix d’arec que certains asiatiques ont l’habitude de mâchouiller à longueur de journée. Ça donne de l’énergie il semblerait.

Mais ici s’arrêtent mes compétences en terme de mandarin. Au bout d’un moment je finis par comprendre que c’est un chauffeur de « fake taxi » comme je me plaît à les appeler, des chauffeurs qui louent leur service de façon totalement officieuse et non réglementée. Je préfère décliner son offre (il était tenace le bougre !!)  et m’en tenir à mon plan de route. Deux heures et demi plus tard, j’arrive à Hengchun grâce au Kenting Express Bus.

hengchun street

Un p’tit coup de GPS pour me diriger vers mon auberge, je marche 10 minutes le long du rue très animée et fini par trouver, non sans difficulté, mon auberge dans une ruelle complètement paumée. Et oui, budget étudiant oblige, j’ai fait des économies drastiques sur le logement et je me retrouve dans une pièce de 5 m² composée d’un lit simple et … d’une LED au plafond. Grand luxe : j’ai une fenêtre non ouvrable qui donne sur une cour remplie de détritus. Les sanitaires sont communs et super simples à trouver : il suffit de descendre au sous sol. L’intimité des douches se résume à un rideau (parfois commun à deux douches, ça fait des surprises sympa), celle des toilettes à quelques planches en bois. Vous l’aurez compris : opulence, somptuosité et splendeur sont les maîtres mots. Mais je ne suis pas mécontent de mon sort : j’ai déjà une chance folle de pouvoir voyager, on reviendra sur le logement quand j’aurai un vrai salaire ! Tout cela n’est qu’accessoire.

Commencent alors mes 4 jours de découverte de ce parc national. Ma première destination est la plage, bien évidemment ! Je prend un bus qui me dépose à Nanwan en 10 bonnes minutes. La plage est bondée, remplie de parasols. Je me rend compte alors que j’ai fait une erreur tactique : j’ai pris bien trop d’affaires sur moi, je me trimbale un sac et même mon passeport, quelle erreur : je ne peux pas aller nager ! Je prend quelques photos…

Nanwan beach, kentingIl est temps que je fasse connaissance. Je repère un groupe de jeune qui me semble de confiance, les salut en chinois, puis en anglais. Il acceptent de garder un œil sur mon sac, génial ! Pour la première fois je me baigne dans la mer de Chine méridionale, la température de l’eau est douce avec de beaux rouleaux.

Sans aucun doute, le plus grand avantage de voyager seul est qu’il est très facile de rencontrer du monde. J’ai passé le plus clair de mon temps à papoter, échanger des idées, des cultures et … des bières ! Ce soir là j’ai rencontré un groupe de taïwanais originaire de Kaoshiung la grosse ville du sud. Bon vivants et facilement abordables, ces jeunes sont employés de restaurants ou vendeurs de marché. Ils s’offrent quelques jours de vacances et m’accueillent à bras ouverts, un étranger dans le groupe ça change de l’ordinaire. Très très peu d’étrangers ici, à Kenting. En 4 jours, je n’en ai croisé que 3 !

On se sépare quelques heures, le temps de prendre une douche et de manger un morceau. Après un rapide retour à mon hôtel de luxe, je vadrouille dans la rue principale de Kenting où il y a un marché de nuit. Les taïwanais sont friands des marchés nocturnes ! On y trouve de tout. Celui-ci est un mélange entre fête foraine et de marché classique. Jeux de massacre côtoient stands de poulet frit. On ne voit pas trop sur la photo, mais c’est noir de monde.

Kenting Street

Sur le bord de la route un bar ambulant, je m’y arrête bien sûr. Le barman est super, un taïwanais qui rêve de partir en Australie et me raconte un peu son parcours. Naturellement, je papote avec les personnes autour de moi. Un taïwanais retient mon attention : celui-ci est en école de design. Il essaye tant bien que mal d’avoir un air de gros dur lorsqu’il me dit qu’il ne lui reste plus quelques semaines avant le début de son service militaire. Mais sa carrure ne l’aide pas. A Taïwan, le service est de 11 mois : les jeunes doivent s’y plier généralement à la fin de leur études, avant leur vie active. Il m’explique qu’il considère ce service bénéfique pour son développement personnel mais il n’a pourtant pas l’air très enjoué à cette idée. D’un coup me revient à l’esprit qu’il y a quelques années cette île était le centre de grandes tensions internationales.

Je retrouve enfin ceux que j’avais rencontré plus tôt sur la plage. Je commande un cocktail fruit de la passion, les discussions vont bon train. 

Bar KentingAprès cette photo souvenir, on décide de retourner à la plage armés d’un pack de bière pour aller piquer une dernière tête.

C’est le milieu de la nuit, la plage est à nous !

 

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Gros typhon en approche !

Lors de mon précédent séjour à Taïwan, j’avais déjà eu l’occasion de vivre un typhon. Pour rappel, un typhon c’est la même chose qu’un cyclone ou un ouragan, ce sont juste des synonymes régionaux. Deux choses : du vent et de la pluie. Beaucoup. Suivant la catégorie de typhon, le vent peut aller de 60 à plus de 250Km/h ! Pluies considérables, inondations, glissements de terrain…

Celui d’il y a un an, c’était un tout petit qui passait assez loin. De la fenêtre de la où je logeais, je n’ai vu qu’un gros orage.

Mais voilà qu’avant-hier j’apprend que mon week-end risque de tomber à l’eau (quel boute-en-train ce Pierre) à cause d’un nouveau typhon en approche, Soulik. Hier il était classé catégorie 4, c’est juste en dessous des super typhons (le maximum), autrement dit, du gros, du lourd ! Aux alentours de l’œil du typhon, là où les vents sont les plus violents, il faudra s’accrocher car les vents sont compris entre 210 et 250km/h. Imaginez votre voiture lancée à toute allure sur l’autoroute, à 130 km/h. Sortez la tête par la fenêtre pour voir… Maintenant imaginez le double de cette vitesse ! Ajoutez à cela une pluie littéralement torrentielle qui vous trempe en 5 secondes chrono : vous avez un aperçu de ce que je risque de vivre dans 36 heures.

Et oui, non seulement ce typhon est énorme et très puissant, mais en plus il va passer droit sur Taipei, là où je me trouve. En plein dessus !

soulikComme vous pouvez le voir sur cette image, quand il arrivera sur Taipei il va probablement décroître d’une catégorie (et tomber à 3) et ses vents seront plutôt aux alentours de 200km/h. Ouais, ça change pas grand chose….

Du coup je suis très intrigué et je me suis documenté. Il est intéressant de savoir que le typhon le plus meurtrier de l’histoire de Taïwan était Morakot en 2009. Il est passé en plein sur l’île et à fait 600 victimes.

C’était un typhon de catégorie 1.

Aujourd’hui le gouvernement taïwanais a déjà fait évacuer 2 300 logeant sur la côte, il faut savoir que des vagues de plus de 10 mètres sont attendues !

Bon, maintenant que j’ai bien fait monter la mayonnaise, il est temps de relativiser. Certes, c’est un gros typhon, il passe en plein sur Taipei. Mais c’est courant… chaque été plusieurs typhons passent sur ou à proximité de l’île. Les typhon de catégorie 4 ou 5 ne sont pas si rare que ça (un tous les 2 ans d’après mon amie). L’immeuble dans lequel je me trouve a déjà fait ses preuves maintes et maintes fois et il est situé sur une colline. Ma famille d’accueil est sereine. En gros, tant que l’envie subite d’acheter une bière au 7-11 du coin ne me prend pas au beau milieu de la tempête, je ne risque pas grand chose. De plus, il est normalement prévu que je m’échappe de la capitale pour aller un peu plus vers le sud, dans les gorges de Taroko et donc m’éloigner de la tempête une douzaine d’heures avant qu’elle n’éclate. Tout dépend de mon train s’il sera annulé ou pas.

Comment ça, aller dans des gorges lors d’un typhon n’est pas une bonne idée ? :)

Au revoir la Chine, bonjour Taïwan !

Ça y est, j’ai quitté la Chine communiste de Mao Zedong pour rejoindre la république démocratique de Tchang Kaï-chek ! C’est avec un grand plaisir que je retourne dans cette île très séduisante par beaucoup d’aspects.

Dès les premières heures, les différences avec la Chine continentale me frappent déjà. Certes, ce n’est pas mon premier séjour à Taïwan, mais au bout de 10 mois je m’étais habitué au standard chinois.

Première chose, le bruit. Ici les gens parlent tout bas. On ne vocifère pas, on n’hurle pas dans son téléphone, on n’appelle pas la serveuse en s’époumonant, bref, on respecte les gens autour de soit. Ahhhh, quel confort pour mes oreilles ! Deuxième point qui m’interpelle : les gens sont très polis et éduqués. J’ai passé presque un an en Chine et a aucun moment un badaud chinois ne m’a souhaité la bienvenue dans son pays. En 48h on me l’a souhaité 3 fois ici, à Taïwan. Je cherche des yeux une poubelle, quelqu’un m’en indique déjà une. Les gens ne crachent pas, ou très peu. La seul cas où j’ai eu droit à de pareilles considérations avec des inconnus en Chine, c’est lorsqu’il y a de l’argent en jeu et rien d’autre !

La Chine ne tient pas non plus la comparaison sur les infrastructures, la propreté ou les transports. J’ai été impressionné par les bus publiques flambants neufs avec sièges en simili-cuir larges et confortables, le tout climatisé bien sûr.

Taipei

Mais bon, tout ça on le savait déjà, rien de nouveau sous le soleil.

Le soleil ? Ah oui ! le soleil !

J’avais oublié à quel point il fait chaud, très chaud à Taïwan ! Alors que j’arrivais tant bien que mal à supporter 35°C à Shanghai, ici cette même température se transforme en 42°C en température ressentie à cause de l’humidité. Depuis que je suis arrivé, l’humidité oscille entre 60% en journée et 90% la nuit. C’est étouffant. Heureusement tout est climatisé, mais je me demande bien comment faisaient les taïwanais quelques décennies auparavant…

Voilà, le cadre est posé, c’est partit pour 3 semaines !

Demain je prend le train en voyage solo pour le sud de l’île, j’espère y trouver de belles plages :)

Départ dans 3 jours

Ça y est, on est au bout. Un peu comme la fin d’un rêve je reviens plus ou moins brutalement à la réalité. Il y a de cela quelques semaines je me suis soudainement rendu compte que j’avais de nombreuses choses à faire pour préparer la dernière année de mon cursus à Paris. Emprunt bancaire, recherche de stage, recherche de logement… pas facile de faire tout ça de Chine !

Il ne me reste plus que quelques dizaines d’heures à fouler le sol chinois. Je vais devoir dire au revoir à mon croisement d’autoroutes, aux klaxons chinois qui portent à des kilomètres, à l’odeur de pollution et de plastique brûlé. Mais aussi aux nombreuses personnes que j’ai pu rencontrer ici plus ou moins intimement : chinois, italiens, allemands, français, suisses, vietnamiens, taïwanais ou encore japonais. Dire au revoir aux folles soirées entre  amis, au gigantesque et agréable campus de Tongji Jiading, à quelques professeurs… Et puis fini la censure !

Alors c’est terminé ? Mais non ! Je n’ai pas encore sorti ma dernière carte ! Jeudi matin je m’envole non pas pour Paris, mais pour Taipei à nouveau où je resterai trois semaines. Pour moi Taïwan c’est tous les avantages de la Chine, sans les inconvénients. Avec en plus une touche de culture japonaise qui rajoute de la diversité.

Donc bien que ce blog bat sérieusement de l’aile, il n’est pas encore mort. J’ai encore quelques articles à partager ici : un dernier sur les Philippines (avec un sacré retard !), un ou deux sur Pékin que j’ai pu visiter il y a quelques jours et puis du nouveau sur Taïwan ! Idéalement j’aimerais aussi vous faire une conclusion sur le second semestre à l’université et sur le voyage en général.

En attendant, je surveille la frontière. Sait-on jamais.

muraille_pierre

 

Chutes d’eau de Tukuran et de Tamaraw

Après une bonne journée farniente sur la plage, il est temps d’aller visiter le pays. Notre rabatteur préféré nous propose une sortie visite de cascade qui sont aux alentours. On accepte. Pour une somme modique, on loue un pot de yaourt motorisé, avec chauffeur. On a droit aussi à un barbecue (brochettes de poulet, poisson, mangue, riz…) et un peu d’alcool. Cerise sur la gâteau, on a même droit à notre cuisinier pour préparer le barbecue ! On s’arrête à Puerto Galera pour récupérer les brochettes, j’en profite pour prendre quelques photos.

Le centre, très animé

Le centre, très animé

puerto_galera_main_road

Notre bolide ! Un croisement de tondeuse à gazon et de fourgonnette.

Notre bolide ! Un croisement de tondeuse à gazon et de fourgonnette.

school_philippines Sur la dernière photo vous pouvez voir un tricycle. C’est un moyen de locomotion très utilisé aux philippines, au même rang que les jeepneys, mais en plus petit. Sur le papier j’imagine que c’est prévu pour une ou deux personne, mais en pratique on monte facilement à 4 dessus, voir 5 ou 6 pour les plus téméraires. Sans compter le chauffeur ! Oui oui, c’est possible :) Bon cette fois on est parés, on file vers les cascades. En chemin je ne peux pas m’empêcher de mitrailler avec mon appareil. Je suis émerveillé par une flore si belle, si verte, si dense… Je suis sur que vous me comprendrez après 6 mois de vie à Shanghaï…. road_mindoroOn grimpe à flanc de montagne, le moteur n’en finit pas de rugir. La route serpente en lacets et au détour d’un virage, on peut apercevoir la mer. On croise des habitations de temps en temps, des cases rudimentaires, des petites échoppes. road_mindoro_seaC’est bien la première fois que je vois une montagne recouverte de cocotiers ! A Taïwan, bien que très montagneux, la végétation était plus traditionnelle. road_mindoro_cocoPuis on traverse une magnifique rizière d’un vert vif avant d’arriver à destination. paddy_field_philippinesOn nous fait finalement descendre de la tondeuse pour nous faire grimper dans des carrioles tractées par … des boeufs ! On est plutôt surpris, mais un moteur 3 chevaux contre un boeuf pourquoi pas après tout ! Un fois embarqué, on continue de s’enfoncer dans la végétation. La route n’est plus bitumée depuis longtemps, c’est un chemin de terre qui file entre les cocotiers. ox_ride_philippines ox_ride_riverox_ride_tukuran

On traverse aussi un petit hameau, perdu dans la montagne. Trois, poulets, deux cahutes.

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Je ne peux m’empêcher de mettre une pelletée de photos de nature… A l’heure où j’écris ces lignes, ils me manquent les cocotiers ! En dessous, vous avez une meilleur vue de notre carriole, avec son chauffeur.

ox_philippines

On est aussi poursuivis par une meute de femmes armées de parapluies. Est-ce notre charme qui les motivent ? L’effet axe ?

La vérité est bien plus maussade :  ce n’est que pour notre argent… Elles vendent des souvenirs, des babioles… Elles portent aussi des parapluies, prêtes à nous les brandir au visage si jamais quelques gouttes tombaient. Cheap cheap !!

axe_effect_philippines

On arrive aux chutes d’eau. Bon, là rien de gigantesque ni de très impressionnant, mais un cadre magnifique, naturel, vivant. Il y a de quoi faire un barbecue, des tables, deux maisonnettes à souvenirs. On déguste une San Miguel, tandis que nos accompagnateurs s’affairent sur le barbecue. Vous voulez des glaçons les gars ? Heu, oui pourquoi pas ! Pas de soucis, je les fais à la machette ! Sympa l’cuistot !

chop_ice

Mais le mieux c’est pas le barbecue, que l’on mange rapidement, c’est bien la chute d’eau. Il y a un grand bassin dans lequel on peut se baigner. La couleur de l’eau est sympa, le sol est sablé. Température de l’eau : parfaite. On s’amuse à monter sur les rochers avoisinants (2 à 3 mètres de haut, on en voit un bout en bas de la photo) et à se jeter dans l’eau. On s’amuse, on fait les cons :) tukuran

Mais on ne s’en tient pas là, on se met en tête de remonter la rivière. Et ça vaut le coup. J’ai probablement utilisé les mot nature et magnifique bien trop de fois dans cet article, alors je vous laisse juger par vous-même :)tukuran_waterfalls little_waterfall_tukuran

tukuran_philippines

Sur la photo du dessous, je me suis amusé à prendre une douche sous la cascade qu’on voit à gauche. Elle doit faire un peu moins de fait 2 mètres de haut. Ça parait rien, mais en fait rien qu’à cette hauteur l’eau tape fort ! C’était pas une douche relax mais plutôt tonifiante :) La photo du dessous est superbe :

beautiful_tukuran

On barbote un peu dans l’eau, beaucoup d’insectes, mais que diable ! Il est bientôt temps de rebrousser chemin car la journée n’est pas terminée. On saute de rocher en rocher, puis une dernière fois dans le grand bassin. Notre boeuf nous rend une fois de plus un fier service (d’ailleurs, incroyable la force que ça a cette bête !), on s’entasse à nouveau dans le pot de yaourt. On a pas fini de jouer à Indiana Jones, sur le chemin entre les deux chutes d’eau, on découvre un pont quelque peu… minimaliste.

bridge_tukuranbridgeAttraction de touristes, amusant quelques minutes. On continue la route et arrive à la chute de Tamaraw. Celle ci est beaucoup plus impressionnante, elle doit faire 15 à 20 mètres. On nous préconise de ne pas trop s’en approcher, sous peine de recevoir des débris sur la tête.

tamaraw

Une fois notre photo en poche, on se remet en route vers White Beach. On zig zag à nouveau à travers les cocotiers, je sirote une dernière San Miguel qui traîne dans la glacière. Nos chauffeurs nous déposent chez notre contact qui nous offre le dîner pour parler des prochaines activités…pier_perto_galera

«Le temps s’en va, le temps s’en va, madame ; Las ! Le temps, non, mais nous nous en allons.» Ronsard.

Dans un billet précédent, je disais avoir beaucoup de temps libre au second semestre. On  peut dire que je me suis bien trompé. Alors qu’au premier semestre il suffisait de bosser quelques jours avant les exams, je dois maintenant fournir un travail régulier et soutenu. Je commence à sentir le poids de deux masters sur le dos.

Malheureusement, ça m’empêche d’apprécier la Chine à sa juste valeur. J’ai dû annuler un week end à Nanjing et je n’aurai plus l’occasion d’y aller. Tant pis, il faut en garder un peu pour plus tard.

Mon style de vie a aussi changé. Je ne m’accroche plus au centre ville comme avant. Le trajet de 40 km aura eu raison de moi, je vis maintenant plus local. Ici la vie est vraiment différente qu’au centre ville, mais comme un chinois me l’a fait remarqué, j’ai la chance de pouvoir découvrir la vraie Chine, non pas uniquement les 2% de l’élite chinoise qui vivent à Shanghai. La chine modeste, la chine traditionnelle.

Et puis vu que j’ai la tête dans le guidon, je ne prend plus le temps d’écrire ici. C’est dommage, j’ai plein de choses à partager. Je vais bien trouver le moyen de débloquer quelques heures en soirée quand même ! Je viens de terminer un article sur les Philippines, et je prévois d’en écrire un sur le karaoké, qui à l’instar de nos bars occidentaux, est le lieux de détente des asiatiques après le travail.

Et puis, ce travail porte ces fruits. Un professeur (connu, semble-t-il) est tellement intéressé par ma thèse qu’il veut me présenter une équipe de l’université de Fudan, dans le top 5 des meilleurs université du pays. Tongji est loin derrière ! Le campus se situe en plein Pudong, à proximité des gratte-ciels. J’ai hâte d’y mettre les pieds.

pierre_bundEn arrière plan le Bund. Au premier plan, heu… un barbu.

Bilan du premier semestre à Tongji University

Le premier semestre étant achevé, les résultats tombés et même un sondage interne de satisfaction de la promo Epitech terminé, il est temps de faire un bilan.

Alors, les cours que nous avons suivi au premier semestre étaient :

  • Ebay Course (Big Data / Data Mining)
  • Software Testing
  • UML-based Analysis for Objectif-Oriented System
  • Database principle and Application
  • Elementary Chinese
  • Chinese History and Culture
  • China’s socio-economic development

En terme de volume horaire nous étions à 18h30 de cours par semaine.

Je vais d’abord vous donner mon avis personnel sur chacun des cours, pour ensuite vous donner l’avis général de la promotion.

Ebay Course.

C’était en fait un cours sur le Big Data et le Data Mining, dispensé par une équipe de salariés d’Ebay Chine. L’avantage est que nous avions à faire à des professionnels, non pas des professeurs académiques, ce qui colle plus au modèle Epitech. Et en effet j’ai trouvé le contenu des cours intéressant, à vrai dire il est même possible que je me tourne vers le Big Data à l’avenir et ce sera aussi le sujet de ma thèse. Cependant, j’ai trouvé que les intervenants manquaient d’expérience en tant que professeurs, et avaient beaucoup de mal à capter l’attention des élèves et rendre leur cours intéressant. Il faut dire que les élèves n’étaient pas non plus très dynamiques… pas facile de rendre un cours sympa dans ces conditions. Les sujets abordés dans ce cours : Data Warehouse, Data Integration, ETL, Data Modeling, Data Warehouse Architecture, Business Intelligence. Quelques outils utilisés : Hadoop, Hive, Hbase, Tableau…

Les différents intervenants nous demandaient de faire quelques travaux en groupe entre les cours et nous avons eu un projet final à rendre en guise d’exam. Le projet final comprenait en fait l’ensemble des petits boulots à faire au fur et à mesure du semestre.

Globalement l’un de mes cours préféré, quel dommage que la promotion n’ait pas plus accroché, il y avait beaucoup de connaissances à assimiler.

Software Testing.

Ma bête noire. Je pensais me retrouver dans un cours où j’apprendrais à  tester correctement mes applications et faire de jolis tests unitaires. En fait, pas vraiment. Ce cours expliquait les différents concepts de test logiciel, à savoir : Black-box testing, White-box testing, Integration testing, System testing, Validation testing, α testing, β testing, testing of object-oriented class, testing of object-oriented system, GUI testing, defining the test plan, trace and management of bugs. Ouf, on est au bout. Bref, du théorique à 100%. On avait comme support un pdf de 600 pages, quelque peu indigeste… J’ai trouvé la professeur très compétente et quelque peu autoritaire. Mais il faut ce qu’il faut pour mâter les étudiants Epitech, surtout que peu habitués aux cours théoriques, très peu étaient assidus. J’ai fait équipe avec un suédois, un italien et une chinoise qui suivaient le cours tant bien que mal. Et bien que n’étant pas vraiment captivé par le cours, que je n’ai probablement pas retenu énormément de connaissances, j’ai tout de même trouvé le travail en équipe sympathique.

Le semestre s’est achevé sur une présentation finale qui répondait à un énoncé précis.

UML.

Ce cours ne nous était pas vraiment adapté. Nous avons tous fait des cours d’UML à Epitech, et le cours dispensé par Tongji reprenait les bases que nous connaissions déjà. Se rendant compte de cela, la professeur, très sympathique et proche des élèves, à fait de son mieux pour s’adapter à nous. Ainsi, plutôt que de nous répéter des cours que nous connaissions déjà, elle nous a proposé de travailler la partie UML sur nos projets, qu’il soient de Tongji, d’Epitech, personnel ou même imaginaire. Elle nous donnait quelques objectifs au fur et à mesure du semestre, faire tel diagramme ou tel présentation. Nous avons été noté sur deux critères : le projet de groupe, dont nous avons présenté la couche UML en présentation et un document personnel répondant à une problématique avec des solutions UML.

Personnellement j’ai un léger goût de regret : la professeur était excellente en UML et aurait pu beaucoup nous apprendre. Mais pour ma part, comme pour une écrasante majorité de la promotion, je ne me suis pas assez investi et je suis resté dans ma zone de confort. Je n’ai pas poussé mes diagrammes UML autant que j’aurais pu, surtout que la professeur se faisait un plaisir de nous aider, toujours disponible. Du coup, je n’ai pu que consolider mes connaissances, sans en rajouter de nouvelles.

D’accord et j’avoue que l’UML n’est pas ce que je préfère en informatique :)

Database.

Au début très intéressé car je souhaitais consolider mes connaissances en base de données, j’ai très vite déchanté. Le contenu du cours était globalement intéressant : les bases de données sous Oracle détaillé et archi-détaillé. Peut-être un peu trop détaillé… Pour vous donner un exemple, on a passé bien 4 heures rien que sur l’installation d’Oracle, qui consiste à cliquer sur « suivant » une dizaine de fois. Bon, j’exagère, il y a quelques petites configuration à faire. Mais quand même ! 4 heures ! Le professeur se perdait dans une infinité de détails aussi nombreux qu’inutiles. Quel est l’intérêt de maîtriser l’installation d’Oracle Database 10g par coeur alors qu’il suffit de lire une doc 10 minutes pour arriver au même résultat ? Quel intérêt alors que la version 10g est déjà obsolète ?  Et ça ne s’est pas arrêté là : nous avons passé en revu l’intégralité de l’interface de gestion, expliquant chaque lien, chaque catégorie… En version 11g l’interface est totalement différente ! Inutile de préciser que les étudiants Epitech n’ont pas résisté bien longtemps face à ce flot de paroles continu sur une plage horaire de 4 heures… Les pertes furent énormes. Je salue le professeur qui faisait ses cours sans même dénier remarquer la salle se vidant de plus en plus. Quel professionnalisme.

Heureusement, les étudiants chinois relevaient le niveau et étaient fidèles au poste. Enfin, ils occupaient des chaises, tout du moins.

Cela dit, pas mal de points positifs tout de même : un cours très bien étayé et structuré. Le semestre était divisé en une vingtaine de powerpoint en libre service sur les serveurs de l’école. Les powerpoints étaient d’excellente qualité, clairs, illustrés, attrayants. Le professeur était très bon dans son domaine et très professionnel.  On sent que son cours est parfaitement rodé. De plus, ce cours était de temps en temps pratique, nous avons pu faire quelques petites requêtes SQL. Nous avons été noté sur un projet final où il fallait créer une base de donnée pour un projet de notre choix (du design à l’implémentation).

En conclusion, je dirais que c’est le cours typique du chinois : amasser une quantité mirobolante de connaissances pour au final des résultats … discutables. En toute honnêteté, je pense qu’il était possible de tirer son épingle du jeu en basant son travail sur les powerpoints fourni par le professeur, en triant soit-même les informations pertinentes, en potassant de son côté. En somme, je suis satisfait des connaissances que j’ai pu acquérir, mais ce n’était pas sans douleur. C’est aussi le seul cours où il y avait autant de chinois que de français et ça c’était sympa (dans les autres cours, nous étions une majorité écrasante de français).

Elementary Chinese.

Ahhh, les cours de langue chinoise. Super utile pour se débrouiller en Chine, voir indispensable. Ça ressemble plus à des cours de chant au départ, on apprend les tons, les phonèmes. Puis petit à petit on apprend à se présenter, à demander du boeuf ou du poulet, à refuser les propositions des femmes qui traînent en bas de l’hôtel,  ou pour les meilleurs d’entre nous : à savoir guider un taxi. Bon cours, bien que pas assez intensif. En 6 mois, on a pas appris grand chose au final, mais avec une heure par semaine ce n’est pas étonnant. Et second bémol : la classe était complètement surchargée. Nous étions bien 60 élèves, tous débutant en chinois, avec un seul professeur. Je vous laisse imaginer.

Mais c’était tout de même sympa de pousser la chansonnette avec des allemands, des italiens…. Oui, un bon cours, utile. Bon, quand j’essaye de baragouiner chinois à des locaux, certains me regardent avec des grand yeux ronds, mais ça, c’est un autre problème !

Chinese History and Culture.

On y a apprit les grandes lignes de l’Histoire Chinoise des premières dynasties à aujourd’hui. J’ai trouvé ça intéressant, presque captivant pour certaines parties. Ensuite ça dépend de chacun : il faut être intéressé par la Chine et ne pas être trop rebuté par un cours magistral. J’ai pu me rendre compte à quel point l’histoire chinoise est riche et n’a rien à envier à notre culture européenne. On est partit de la mythologie pour arriver aux guerres d’opium, puis jusqu’au contemporain. Ce qui m’a rebuté par contre, c’est que lors d’un premier test écrit, il y a eu énormément de triche. Les italiens semblent exceller dans ce domaine, la professeur n’a pas trouvé ça louche qu’ils aient tous 100/100. L’italien avec lequel je me suis lié d’amitié en était même assez fier. Il était possible de parler sans problème pendant le test, troublant à vrai dire. La professeur faisait mine de ne rien entendre, par manque d’autorité, par flemme, ou suivants les consignes de l’université, allez savoir… Ou alors je n’ai pas compris le concept de test à la chinoise, mais quoiqu’il en soit, après tout, ce n’est pas l’important.

Si mes souvenirs sont bons nous avons eu en guise d’examen final un document de quelques pages à rendre sur un thème de notre choix.

China’s socio-economic development.

Dans la même lignée que le cours précédent. Celui-ci était plus axé sur le développement socio-économique de la Chine des dernières décennies. Enfin un professeur très dynamique qui faisait de son mieux pour faire participer les élèves ! Et elle y arrivait ! La classe sortait de temps en temps de son mutisme pour répondre à quelques questions. Ouverte, la professeur acceptait d’échanger sur des sujets sensibles comme la corruption ou la pollution, mais globalement la Chine était encensée. Probablement un peu trop, mais on est en Chine que voulez-vous. En introduction au cours on a même eu droit à une jolie vidéo que je classerais presque dans la catégorie propagande.

Mais je suis content d’avoir pu approfondir mes connaissances sur Mao Zedong, la politique de l’enfant unique ou encore comprendre mieux le formidable essor économique chinois auquel on assiste maintenant. Très intéressant pour quelqu’un qui veut en connaître plus sur la Chine, surtout dans l’idée de s’y expatrier.

Voilà, nous sommes arrivé au bout.

Mais il y a une chose commune à la plupart de ces cours que j’aimerais plus vous faire ressortir : la passivité des élèves. Globalement, voilà comment se passait un cours : tous les étudiants arrivaient avec leur laptop, se branchaient sur le secteur et sur le réseau de l’école et n’en décollaient pendant l’intégralité du cours. Le professeur pose une question ? Silence. Le professeur demande ce que l’ont fait sur nos ordinateurs ? Silence. Le professeur demande si son cours est utile ? Silence. Personne ne lève les yeux, on refuse le contact visuel et on fait mine de chercher la réponse sur son écran. Je me souviens de l’air consterné d’un intervenant finlandais en cours de Software Testing. Désespéré, même. Au bout de quelques heures, il a comprit et a joué le jeu : il n’a plus décollé le nez de ses notes, se lançant dans une litanie monocorde.

Difficile donc de faire cours dans ces conditions, et surtout de rendre son cours attrayant. Beaucoup se sont plain de la qualité des cours, mais ont-ils vraiment essayé de s’y intéresser,  de s’y investir ? Mais peut-être est-ce l’ambiance qui veut ça, car il faut reconnaître que les étudiants chinois n’étaient pas vraiment plus actifs. Je pensais au départ que c’était par raison culturelle, les jeunes chinois sont réputés pour être très timides et réservés. Mais en fait, il était rare d’en voir en train de suivre le cours, certains se permettaient même de jouer à des jeux en lignes pendant les heures de classe !

Ou alors la barrière de la langue. Certains élèves évitaient le contact verbal par manque de confiance en leur niveau d’anglais (élèves chinois ou français). Un cours est basé sur la communication au final. Si la communication se passe mal, tout se passe mal. Les professeurs avaient quant à eux un bon niveau, avec quelques disparités bien-sûr. Certains avec accent chinois mais on s’y habitue vite.

Ou alors peut-être est-ce le système universitaire qui veux ça, mais je n’ai pas souvenir d’un tel mutisme lors de ma courte année de fac d’anglais, à Nantes. Oh et avant que mes camarades ne me tombent dessus : oui, moi aussi j’ai fini par tomber dans cet état léthargique. Je n’ai pas dérogé à la règle. Bien que j’ai tenté de d’établir un dialogue les premières semaines, j’ai rapidement baissé les bras.

Mais bon, ça ne m’empêche pas de considérer ce semestre globalement pas mal. Correct, dirais-je. Et puis je ne suis pas venu en Chine uniquement pour ce que j’y apprendrai à l’université, mais aussi pour développer mes capacités d’adaptation, pour m’ouvrir à une nouvelle culture, découvrir une nouvelle facette du monde…

Au niveau des résultats, j’ai pu tout valider sans problème avec de très bonnes notes. Je ne connais pas les résultats de mes camarades mais j’ai ouïe dire qu’il sont globalement très bons aussi. Il semblerait que pour ne pas valider un module, il fallait le vouloir.

Passons maintenant à l’avis général de la promotion Epitech

Un petit sondage sur la qualité et le niveau des cours à était fait entre élèves pour un retour à Epitech Paris. Chose intéressante : je n’ai eu accès à ces résultats qu’après avoir écris les lignes ci-dessus, qui étaient déjà prêtes depuis quelques jours. Je n’ai donc pas été influencé.

Je vous épargne les résultats détaillés. Deux chiffres : la note moyenne sur 10 de la qualité des cours, allant de 1 (très mauvaise) à 10 (très bonne) est de 5,7. Et celle du niveau des cours, allant de 1 (très facile) à 10 (très difficile) est de 5,0.

On peut dire que c’est des résultats moyens ^^ Je vous laisse les interpréter vous-même.

Il était aussi possible de donner son avis général, notre délégué Nicolas en a fait une synthèse que je me permet de copier/paraphraser :

Une majorité des étudiants ont jugé les cours pas très intéressants voir pour certains inutiles et ont été déçu du niveau des cours qui étaient niveau undergraduate (correspond au premier cycle universitaire français)  les considérant médiocres. La plupart ont jugé le niveau d’anglais de certains professeurs faible. Certains considèrent les cours très théoriques et inutiles pour une application en entreprise tandis que d’autres sont déçus par quelques cours qui ne consistaient qu’en une lecture de documentations obsolètes. Enfin, certains étudiants trouvent que la notation était hasardeuse et tous auraient aimé pouvoir choisir leurs cours. Néanmoins, quelques points positifs ressortent.

Voilà. Merci Nicolas pour ton travail. On en saura pas plus sur les points positifs mais j’imagine que ce contrôle de l’information était justifié par une écrasante majorité d’avis négatifs… Oh et pour information, 22 personnes ont répondu à ce sondage.

Bien que mon avis colle à quelques points des résultats, il est amusant de remarquer que certains points sont diamétralement opposés :) Bon, quoiqu’il en soit, j’en suis à 2500 mots, je salue les gens qui m’auront lu jusqu’ici, quel courage. Vous avez maintenant toutes les cartes en mains pour vous faire un avis sur notre premier semestre à Tongji. Si jamais vous voulez en savoir plus, n’hésitez pas à commenter ce post, je me ferai un plaisir de vous répondre.

J’essaierai de vous faire quelque chose de similaire pour le second semestre qui a plutôt  bien débuté pour moi : je travaille en ce moment sur ma thèse avec une équipe chinoise et en collaboration avec Paypal, très sympathique, le tout sur le Big Data. Bref, j’aime bien :)