«Le temps s’en va, le temps s’en va, madame ; Las ! Le temps, non, mais nous nous en allons.» Ronsard.

Dans un billet précédent, je disais avoir beaucoup de temps libre au second semestre. On  peut dire que je me suis bien trompé. Alors qu’au premier semestre il suffisait de bosser quelques jours avant les exams, je dois maintenant fournir un travail régulier et soutenu. Je commence à sentir le poids de deux masters sur le dos.

Malheureusement, ça m’empêche d’apprécier la Chine à sa juste valeur. J’ai dû annuler un week end à Nanjing et je n’aurai plus l’occasion d’y aller. Tant pis, il faut en garder un peu pour plus tard.

Mon style de vie a aussi changé. Je ne m’accroche plus au centre ville comme avant. Le trajet de 40 km aura eu raison de moi, je vis maintenant plus local. Ici la vie est vraiment différente qu’au centre ville, mais comme un chinois me l’a fait remarqué, j’ai la chance de pouvoir découvrir la vraie Chine, non pas uniquement les 2% de l’élite chinoise qui vivent à Shanghai. La chine modeste, la chine traditionnelle.

Et puis vu que j’ai la tête dans le guidon, je ne prend plus le temps d’écrire ici. C’est dommage, j’ai plein de choses à partager. Je vais bien trouver le moyen de débloquer quelques heures en soirée quand même ! Je viens de terminer un article sur les Philippines, et je prévois d’en écrire un sur le karaoké, qui à l’instar de nos bars occidentaux, est le lieux de détente des asiatiques après le travail.

Et puis, ce travail porte ces fruits. Un professeur (connu, semble-t-il) est tellement intéressé par ma thèse qu’il veut me présenter une équipe de l’université de Fudan, dans le top 5 des meilleurs université du pays. Tongji est loin derrière ! Le campus se situe en plein Pudong, à proximité des gratte-ciels. J’ai hâte d’y mettre les pieds.

pierre_bundEn arrière plan le Bund. Au premier plan, heu… un barbu.

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Exploration en bicyclette

Dans mon dernier billet je me plain d’être loin du centre. Je me suis dis qu’après tout, il faut savoir s’adapter. Alors j’ai mis au placard toutes les attentes que j’avais par rapport à Shanghai, et je me met en tête d’explorer les environs.

Il est bientôt 16h00, je n’ai pas de travail urgent à faire ce soir. Un joli soleil sans nuage est encore là pour une heure et demie. Ma foi, c’est parti ! Un coup de Google Map, je trouve un premier point intéressant à visiter : Huangdu park. C’est le parc le plus proche de l’hôtel, à moins d’un kilomètre.

J’emporte mon appareil photo, mon portable avec GPS, j’enfourche ma bicyclette et à moi la Chine ! Je passe derrière l’hôtel. Voici un premier cliché. Il y a énormément de canaux dans les environs.

Je trouve le parc sans problème, gare mon vélo à l’entrée et part me balader. Le parc est pas mal du tout, bien entretenu, calme. De nombreux bancs mais peu de monde pour les occuper.

J’ai tout de même trouvé Monsieur et son journal, et quelques passants.

Pour finir sur le parc, j’ai bien aimé ce tunnel de bambous.

Bon j’ai rapidement fait le tour, j’ai pris un peu le temps de savourer un calme relatif  : il y a une usine de sidérurgie attenante au parc. Mais une chose tout de même : je ne peux pas espérer passer inaperçu. Incroyable à quel point les chinois me dévisagent. J’y suis déjà habitué, mais pas à ce point là ! Alors que d’habitude j’en rigole, là j’étais mal à l’aise… J’ai d’ailleurs commencé un article à ce sujet, c’est dans les cartons ;)

Mais je me laisse pas démonter et je remonte sur mon joli vélo à panier. Cette fois-ci pas de but précis, juste vagabonder dans Huangdu. J’ai pas été déçu…

Je m’engage dans une petite ruelle qui de l’extérieur à l’air animée et colorée. Passé quelques mètres, ça m’a fait tout drôle. En premier lieu, les gens me regardaient comme si je venais de Mars ou de Jupiter ! De mon côté j’essayais d’arborer un air aimable et respectueux mais je pense que je devais plutôt avoir l’air sidéré.

En fait la pauvreté on nous apprend ce que c’est depuis tout petit. On a vu plein de photos, de vidéos, d’articles dans les journaux. On a docilement apprit à l’école ce qu’est un bidon ville, une favelas. Mais Je n’avais jamais vu un quartier si démuni mes propres yeux. J’étais éberlué. Et encore, je suis resté dans l’allée principale. Tous les 20 mètres, des venelles serpentent entre les bâtisses de chaque côté de la route. Je n’osais pas sortir mon appareil photo alors que tout le monde m’épiait et se demandait ce que je faisais là. Mais j’ai tout de même pu prendre deux clichés lorsque j’ai été un peu plus tranquille.

Elles ont été prises à la va-vite, je voulais éviter de faire le touriste. Au fur et à mesure que je m’engouffre dans cette ruelle de campagne chinoise, je me sens de moins en moins à ma place. Un peu plus loin on vent des poulets, déjà cuits, ou pas. J’aperçois un petit restaurant, une poule dans une cage à même le sol, des gamins qui courent. Tout le monde me dévisage… Un vielle homme rempli des jarres d’eau, une femme jette une bassine d’un liquide brunâtre en criant gare. Ne sachant pas où débouche cette rue aux miracles, je craignais de me retrouver dans je ne sais quel endroit des bas-fond de la campagne chinoise, je décide de faire demi-tour. Pourtant je sais entre en sécurité, tout le monde m’a répété que la Chine est sûre. Je ne me sentais pas menacé, mais en décalage total. Je pense que c’est surtout que je ne m’attendais pas à ça, j’ai été surpris.

Je reviens sur mes pas et décide de rester sur de plus grands axes. Il n’en reste pas moins que même dans ces rues plus larges et plus commerçantes, je suis toujours dans la campagne. De toute ma balade je n’ai pas croisé un seul étranger, alors qu’on en croise tout les 100 mètre au centre ville. J’étais tout de même un peu plus à l’aise pour jouer au touriste.

A ce croisement je sors mon téléphone pour utiliser mon GPS, je décide de couper au plus court, advienne que pourra. Je tombe dans une rue plus industrielle. A ma droite comme à ma gauche on découpe, lime, assemble des morceaux de ferraille  pour en faire des portillons par exemple. Des étincelles de métal en fusion jaillissent dans un vacarme strident. Une fois de plus, je n’ose pas m’arrêter en pleine rue et prendre en photo ces chinois affairés. Je me permet juste un cliché ou deux, mal cadrés, mauvaise prise de vue…

J’ai presque fini ma boucle. Je passe devant une dernière rue très animée, mais j’ai eu ma dose de regards scrutateurs pour la journée, je ne m’y engouffre pas. Je serai plus aventureux la prochaine fois :)

Je retrouve enfin la voie rapide qui me ramène à l’hôtel. Plutôt que de passer comme d’habitude par l’entrée principale, je passe par une entrée secondaire. C’est un peu spécial, il semblerait que je traverse une fabrique de matériaux médicaux. Vu l’état des bâtiments, j’espère qu’ils fabriquent les lits et non pas les seringues. A nouveau un canal. Je m’arrête sur le pont examine les bâtiments délabrés et me demande où je suis.

Je suis à 30 mètres de ma chambre. Littéralement.